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mont saint miche mont saint michel rocher destruction demolition reunion publique sécurité sanctuaire

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REUNION PUBLIQUE D'INFORMATION LE 11 SEPTEMBRE à 11 H

Publié le 06/09/2013 à 16:18 par lemontsaintmichel Tags : mont saint michel rocher destruction demolition reunion publique sécurité
REUNION PUBLIQUE D'INFORMATION LE 11 SEPTEMBRE à 11 H

 

Cliquez sur l'image pour lire l'insertion dans Ouest France

 

 

Cette réunion nous semble intenable en l'état pour les raisons suivantes :

 

1/ Les premiers concernés qui vivent ou travaillent sur le site se trouvent à l’horaire choisi à leurs postes de travail et ne peuvent se libérer. La dernière réunion organisée au Mont (en présence du sous-préfet de l’époque) concernant les montois le fût en soirée.

 

2/ Les riverains du Mont Saint Michel, ceux que l’on nomme « les locaux » auront les mêmes difficultés de disponibilité.

 

3/ Le choix du lieu de la réunion ne peut que viser à décourager un grand nombre de s’y rendre, l’accessibilité aux PMR ou personnes ayant des difficultés à marcher étant totalement inexistante.

 

4/ Une réunion d’information publique organisée par les services de l’Etat se doit d’être d’accès libre et gratuit. Or deux points sont contraires à ce principe :

 

a/ Les personnes extérieures devront s’acquitter du prix du parking pour 12 euros alors que ceux qui se trouvent sur le site bénéficieront d’une « gratuité » d’accès. Cela crée une discrimination par l’argent et bafoue le principe d’égalité entre les citoyens.

 

b/ Dans le même contexte se posait l’accès payant à l’Abbaye, mais renseignements pris, l’Administrateur de celle-ci Jean-Marc Bouré a, par dérogation, autorisé la gratuité pour les personnes se rendant à la réunion à condition qu’elles se fassent connaitre à l’accueil pour obtenir un ticket gratuit.

 

Cependant, cette information n’a pas été communiquée dans l’encart de presse informant de cette réunion.

 

5/ Outre les considérations horaires, géographiques et tarifaires donnant à cette réunion un caractère quasi confidentiel, se pose surtout le problème de la sécurité de l’assistance. En effet, la commission de sécurité ayant inspecté les lieux, a émis une préconisation de limitation de capacité arrêtée à 39 personnes. Cette salle est d’ailleurs fermée à la visite du plus grand nombre et ne s’ouvre que lors des visites-conférences pour des groupes limités à 30 personnes ! Ceci est du au fait que la salle dite de « Belle-Chaise » ne dispose que d’une issue de secours précédée d’un escalier de plusieurs marches formant goulot sur la porte d’évacuation.

 

Ce choix de « Belle-Chaise » est donc un comble pour cette réunion qui doit traiter de l’organisation des secours et de la sécurité sur le Mont Saint Michel !!!

 

C’est pourquoi, nous réaffirmons notre opposition à la tenue de cette réunion dans les conditions ci-dessus énumérées et demandons aux représentants de l’Etat son report en un endroit d’accès libre, facile et gratuit pour tous (*) dans les plus brefs délais avant la mise en chantier de ces « aménagements » irréversibles que nous déplorons et pour lesquels il existe d’autres solutions plus efficaces, moins coûteuses et plus esthétiques.

 

 

(*) : Le Syndicat Mixte a, par le passé, organisé ce type de réunion à la salle des fêtes de Beauvoir ou à la salle polyvalente de Pontorson.

 

 

P.S. : Nous avons contacté le secrétariat de la Sous-Préfète d'Avranches, madame Dulamon qui doit reprendre contact avec nous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires (31)

jeanmarc.cobac@sfr.fr le 06/09/2013
Les mêmes services préfectoraux qui vont engager l' entaille du rocher, pour des raisons de "sécurité", se moquent éperdument d' une préconisation des services de l' état. Et qu' elle date doublement malheureuse pour une campagne de communication qui commence si mal. Chacun comprendra la portée symbolique de la date mais qui se souvient que le 11 est également le chiffre des fous.


taisez-vousyarienadire le 07/09/2013

Ce projet désastreux de destruction du rocher a été mené sournoisement en catimini par la DRAC Basse Normandie, les deux derniers tristement célèbres architectes en chef des monuments historiques, les autorités préfectorales soumises aux chaises musicales et le maire du Mont Saint Michel dont pn connait la probité, avec la complicité et les mensonges du Syndicat Mixte vis a vis de l'Unesco et de l'opinion publique.
Cette réunion d'information soit disant publique, réduite, payante donc inaccessible pour raisons de sécurité, c'est du pipot à Belle Chaise, juste l'occasion pour les autorités de se donner bonne conscience, Omo lave plus blanc, en faisant semblant de faire un geste démocratique, de vous faire croire à un nouveau chef d'oeuvre des réinventeurs du Mont Saint Michel. Encore une mascarade, tout comme l'affichage du panneau réglementaire du chantier installé le 28 août, comme par hasard, après le délai légal de recours...
C'est beau le respect des lois, des lieux et des personnes....
Le projet de rétablissement du caractère maritime du Mont Saint Michel est orchestré par tout ce petit monde comme une république bananière, beurk


Anonyme le 07/09/2013
Combien ils ont payé pour cette publicité ?


Anonyme le 07/09/2013
Concernant le 4 a
A mon avis la gratuite d'accès ne signifie pas : gratuit ET au plus près !
Il existe bon nombre de parkings gratuits aux alentours


JEAN MARC COBACV le 07/09/2013
Cher anonyme souvenez vous que le parking gratuit le plus proche est à 5 km.


Txingudi le 07/09/2013
Bon nombre de parkings gratuits aux alentours... C'est cela oui! On se gare à Beauvoir et on prend la navette... 2kms à pince mais qu'est-ce-que c'est? Une broutille certainement! Et après? Les zigs zags sous le pont! Encore 500m au moins. Et ensuite? Quasiment 300 marches jusqu'à Belle-Chaise... Je ne suis pas sûre que tout le monde s'en sente capable ou puisse le faire. Les remarques me paraissent toutes justifiées. Moi-même habituée à marcher et habituée du lieu, mais avec des enfants en bas âge un mercredi à 11h00, c'est fichu! Et pourtant, le sujet m'intéresse beaucoup!


Éric+Vannier le 07/09/2013
Monsieur ou Madame " taisez - vous ... " , si je comprends bien vos propos , tous pourris et incompétents , sauf vous , bien sûr . Il est si facile de se cacher derrière l ' anonymat d ' un pseudo de circonstance pour exsuder sa haine .

- Concernant cette réunion à l ' initiative de l ' État , elle a au moins le mérite d ' exister . Car , arrêtons les tartufferies , l ' accès par le rocher n ' est pas nouveau et s ' en offusquer maintenant relève plus de la posture que de la sincérité .

- Concernant le fond du problème il faut assurer un accès optimal au Mont tant pour des raisons de sécurité que de practicité pour les visiteurs . Aucune solution alternative satisfaisante n '' a


Éric+Vannier le 07/09/2013
Je reprends mon commentaire interrompu par un problème technique en espérant qu ' il sera raccord .

Aujourd ' hui cette solution apparaît comme la meilleure possible pour répondre aux diverses problématiques ( sécurité , accès ) tout en respectant l ' esthétique du Mont .

Hier , la réponse à la sécurité et à l ' accès du Mont ,avait conduit à ouvrir une porte dans le rempart ce qui avait provoqué un tollé au départ puis une compréhension plus tard ...

Critiquer pour critiquer ne constitue pas une politique !

Quant au fait que l ' État présente son projet chez lui , dans l ' Abbaye du Mont , cela ne me paraît aucunement déplacé et ne me semble pas relever d ' un calcul machiavélique .

Une fois de plus je regrette dans ce commentaire courageusement anonyme le fait d ' être pris à partie d ' une manière diffamatoire : je n ' ai pas de leçons de probité à recevoir , pas plus que de leçons concernant mon implication de quelques 24 années au service du Mont Saint - Michel .



taisez-vousyarienadire le 07/09/2013

Monsieur le maire, je suis un citoyen français que vous ne connaissez pas donc un visiteur anonyme parmi d'autres qui mérite en principe votre respect.
Vous n'avez pas bien compris ou peut-être vous trompez-vous de cible, de personne, de sujet, d'interprétation en vous qualifiant vous-même de "tous pourris et incompétents" ? Je ne me serais pas permis de l'écrire.
La question de l'atteinte portée au rocher est, par sa gravité, très au dessus des polémiques électorales locales de prises à partie auxquelles vous semblez faire référence.
J'ai un grand respect des institutions, raison pour laquelle je suis profondément choqué par la gestion chaotique de ce projet dans son ensemble et en particulier pour le choix commun auquel vous avez participé activement de non-préservation de l'intégrité du rocher, du non respect des classements et protections dont il bénéficie : Monuments Historiques, sites, grands sites et classement au Patrimoine Mondial...
Au sujet de ce dernier, il n'y a pas d'interdiction administrative hélas mais seulement une obligation morale qui engage la France dans la préservation de ce joyau dont vous êtes le maire.
Vous ne pouvez pas qualifier d'esthétique la balafre monstrueuse prévue dans le rocher.
Pour finir, on peut s'interroger sérieusement sur la "courageuse" tenue tardive de cette réunion "publique" qui aurait dû avoir lieu très en amont sous forme de concertation démocratique avec le public afin de définir une solution acceptable à la fois au regard des contraintes et de la préservation du site.
Bien sûr, j'essayerai d'assister à cette réunion payante à 12€, (si mon budget me le permet), à moins que les autorités, dont vous même, ne se décident enfin à supprimer les barrières et leurs péages….


Éric+Vannier le 07/09/2013
Chers Madame ou Monsieur anonymes ,
Je vous respecte plus que votre commentaire premier qui visait nommément des institutions et des hommes dont moi - même .

Votre changement de ton , plus solennel , ne change rien à la violence de votre commentaire précédent , ni au fond du problème .
Passons sur la forme , l ' expression " tous pourris et incompétents " renvoyant à ce populisme dévastateur qui mine nos sociétés à coups d ' affirmations péremptoires et de dénigrement non seulement des idées mais de ceux qui les portent . Non vraiment je ne me sens pas visé par cela mais j ' ai honte pour ceux qui ont été nommés dans cette confusion de l ' esprit .
Les Torquemada , ça suffit !
Sur le fond , je regrette vos approximations et erreurs de votre premier commentaire et votre récidive du second :
- D ' une part vous affirmez votre total respect pour les institutions mais vous semblez en ignorer totalement le fonctionnement .
- D ' autre part vous commettez sciemment ( car mes reponses multiples à ce sujet ne laissent pas de place au doute ) l ' erreur de m ' imputer un projet qui ne relève pas de ma compétence : ceci relève donc de l ' intention de nuire et de la diffamation .
- De plus, qualifier de balafre monstrueuse le cheminement dans le rocher est une distorsion volontaire de la réalité .
- En outre mettre en parallèle votre " courageuse attitude anonyme " et ce que vous qualifiez de " courageuse réunion tardive " relève d ' une confusion grave des genres . Non seulement le problème est sur la table depuis longtemps mais je le répète aucune solution alternative satisfaisante n ' a été trouvée .

Les responsables sont donc dans leurs fonctions en recherchant la meilleure solution possible pour la sécurité et l ' accessibilité du Mont .


lapinou le 08/09/2013
Un CHEMIN DE MONTAGNE EN BASSE NORMANDIE! C EST BEAU COMME DU ALPhONSE ALLAIS. CA ME RAPPELLE UN AUTRE COMMUNICATION RIDICULE DU RCM : LES MARINGUOTES SERONT AU MT ST MICHEL CE QU' EST LA GONDOLE A VENISE. SI, ILS ONT OSE!


Anonyme le 08/09/2013
c'est l'hôpital qui se fout de la charité, question dérapages ceux qui osent s'insurger contre le projet d'entaille du rocher sont traités par le maire de Torquemadas


Txingudi le 09/09/2013
Tomas de Torquemada: Dominicain espagnol du 15ème siècle. Grand inquisiteur ayant fait brûler quelques 2000 hérétiques... J'ai appris quelque chose. Merci.


Éric+Vannier le 09/09/2013
Et oui cher Txingudi , Torquemada, symbole du sectarisme et du refus de l ' autre ... Alors on brûle le livres , les maisons , les hommes ... En espérant ainsi éradiquer les idées . Mais nous sommes d ' accord : ce n ' est pas cela la démocratie : confrontation des idées oui ; salir ou éliminer ceux qui les portent , non . Or depuis de nombreux mois , et pour tout dire des années la contestation à propos du Mont Saint - Michel a pris un caractère dangereux nourri d ' intolérance et de sectarisme . Un monde en noir et blanc , de bons et de méchants , caricatural et simpliste , destructeur et inacceptable .
Pourquoi devoir accepter en permanence le mensonge , l ' opprobre , l ' insulte et la diffamation .
" Le silence des agneaux " n ' est en tout cas pas ma tasse de thé .
Quant à mon détracteur précédent renvoyant dos à dos l ' hôpital et la charité , je dis : ou bien il ne connaît rien au sujet et aux pratiques de destruction systématique qui ne sont que le maigre viatique d adversaires aveuglés par le ressentiment et je le pardonne car il ne sait pas ce qu ' il fait ou bien plus sûrement je vois là une réponse de circonstance d ' une personne vindicative n ' ayant aucun argument au fond comme trop souvent .
Enfin , ne prenons pas prétexte de référents historiques pour les détourner de leur acceptation actuelle : ceci vaut pour l ' alliance objective ( mal ) citée dans une autre parution à charge comme pour celle - ci .


Éric+Vannier le 09/09/2013
Allez , Lapinou , cool ! Et les chemins des douaniers sur tant de kilomètres de notre littoral : Intégrés , acceptés , aimés !!! Et puis il y a la Suisse Normande , non ? Et dans notre nom le mot Mont ! Alors , finalement , on peut intégrer le concept , non ? Plus sérieusement ( car autrement je vais prendre des scuds vu l ' esprit belliciste de notre beau pays ) , ce cheminement dans le rocher s ' apparente effectivement de part son caractère discret à une réalisation intégrée au paysage et au caractère du site . Et en plus il répond aux questions de sécurité et d ' accessibilité alors qu ' aucune alternative crédible n ' a été proposée depuis des années .
PS : d ' accord avec vous sur les gondoles ! Mais bon , croyons en la rédemption !


Anonyme le 09/09/2013
bla bla bla bla bla, le disque rayé, bla bla bla bla bla bla


Anonyme le 09/09/2013
il se donne un mal fou pour tenter d'excuser l'inexcusable


LAPINOU le 09/09/2013
Vive l' ivresse des hauteurs. Génial maintenant du Pierre Dac. Encore... j" en veux encore.


Anonyme le 09/09/2013
L'alternative crédible à la destruction du rocher ne pourrait-elle pas être étudiée intelligemment par Dietmar Feichtinger afin de garder une cohérence des ouvrages d'accès dans le respect de l'intégrité du site ?


Anonyme le 09/09/2013
On nous affirme par a+b que pour accéder au Mont Saint-Michel on ne peut pas faire d'omelettes sans casser des œufs


Anonyme le 09/09/2013
Deux cours inédits de Pierre Bourdieu au Collège de France

La fabrique des débats publics

D’un côté, une situation économique et sociale inouïe. De l’autre, un débat public mutilé, réduit à une alternative entre austérité de droite et rigueur de gauche. Comment se délimite l’espace des discours officiels, par quel prodige l’opinion d’une minorité se transforme-t-elle en « opinion publique » ? C’est ce qu’explique le sociologue Pierre Bourdieu dans ce cours sur l’Etat donné en 1990 au Collège de France et publié ce mois-ci.
par Pierre Bourdieu, janvier 2012

Un homme officiel est un ventriloque qui parle au nom de l’Etat : il prend une posture officielle — il faudrait décrire la mise en scène de l’officiel —, il parle en faveur et à la place du groupe auquel il s’adresse, il parle pour et à la place de tous, il parle en tant que représentant de l’universel.

On en vient ici à la notion moderne d’opinion publique. Qu’est-ce que cette opinion publique qu’invoquent les créateurs de droit des sociétés modernes, des sociétés dans lesquelles le droit existe ? C’est tacitement l’opinion de tous, de la majorité ou de ceux qui comptent, ceux qui sont dignes d’avoir une opinion. Je pense que la définition patente dans une société qui se prétend démocratique, à savoir que l’opinion officielle, c’est l’opinion de tous, cache une définition latente, à savoir que l’opinion publique est l’opinion de ceux qui sont dignes d’avoir une opinion. Il y a une sorte de définition censitaire de l’opinion publique comme opinion éclairée, comme opinion digne de ce nom.

La logique des commissions officielles est de créer un groupe ainsi constitué qu’il donne tous les signes extérieurs, socialement reconnus et reconnaissables, de la capacité d’exprimer l’opinion digne d’être exprimée, et dans les formes conformes. Un des critères tacites les plus importants dans la sélection des membres de la commission, en particulier de son président, est l’intuition qu’ont les gens chargés de la composition de la commission que la personne considérée connaît les règles tacites de l’univers bureaucratique et les reconnaît : autrement dit, quelqu’un qui sait jouer le jeu de la commission de la manière légitime, celle qui va au-delà des règles du jeu, qui légitime le jeu ; on n’est jamais autant dans le jeu que quand on est au-delà du jeu. Dans tout jeu, il y a des règles et le fair-play. A propos de l’homme kabyle, ou du monde intellectuel, j’avais employé la formule : l’excellence, dans la plupart des sociétés, est l’art de jouer avec la règle du jeu, en faisant de ce jeu avec la règle du jeu un hommage suprême au jeu. Le transgresseur contrôlé s’oppose tout à fait à l’hérétique.

Le groupe dominant coopte des membres sur des indices minimes de comportement qui sont l’art de respecter la règle du jeu jusque dans les transgressions réglées de la règle du jeu : la bienséance, le maintien. C’est la phrase célèbre de Chamfort : « Le grand vicaire peut sourire à un propos contre la religion, l’évêque rire tout à fait, le cardinal y joindre son mot (1). » Plus on s’élève dans la hiérarchie des excellences, plus on peut jouer avec la règle du jeu, mais ex officio, à partir d’une position qui est telle qu’il n’y a pas de doute. L’humour anticlérical de cardinal est suprêmement clérical.

L’opinion publique est toujours une espèce de réalité double. C’est ce qu’on ne peut pas ne pas invoquer quand on veut légiférer sur des terrains non constitués. Quand on dit « Il y a un vide juridique » (expression extraordinaire) à propos de l’euthanasie ou des bébés-éprouvette, on convoque des gens, qui vont travailler avec toute leur autorité. Dominique Memmi (2) décrit un comité d’éthique [sur la procréation artificielle], sa composition par des gens disparates — des psychologues, des sociologues, des femmes, des féministes, des archevêques, des rabbins, des savants, etc. — qui ont pour but de transformer une somme d’idiolectes (3) éthiques en un discours universel qui va combler un vide juridique, c’est-à-dire qui va donner une solution officielle à un problème difficile qui bouscule la société — légaliser les mères porteuses, par exemple. Si on travaille dans ce genre de situation, on doit invoquer une opinion publique. Dans ce contexte, la fonction impartie aux sondages se comprend très bien. Dire « les sondages sont avec nous », c’est l’équivalent de « Dieu est avec nous » dans un autre contexte.

Mais les sondages, c’est embêtant, parce que parfois l’opinion éclairée est contre la peine de mort, alors que les sondages sont plutôt pour. Que faire ? On fait une commission. La commission constitue une opinion publique éclairée qui va instituer l’opinion éclairée en opinion légitime au nom de l’opinion publique — qui par ailleurs dit le contraire ou n’en pense rien (ce qui est le cas sur bien des sujets). Une des propriétés des sondages consiste à poser aux gens des problèmes qu’ils ne se posent pas, à faire glisser des réponses à des problèmes qu’ils n’ont pas posés, donc à imposer des réponses. Ce n’est pas une question de biais dans la constitution des échantillons, c’est le fait d’imposer à tous des questions qui se posent à l’opinion éclairée et, par ce fait, de produire des réponses de tous sur des problèmes qui se posent à quelques-uns, donc à donner des réponses éclairées puisqu’on les a produites par la question : on a fait exister pour les gens des questions qui n’existaient pas pour eux alors que ce qui faisait question pour eux, c’est la question.

Je vais vous traduire à mesure un texte d’Alexander Mackinnon de 1828, tiré d’un livre de Peel sur Herbert Spencer (4). Mackinnon définit l’opinion publique, il donne la définition qui serait officielle si elle n’était pas inavouable dans une société démocratique. Quand on parle d’opinion publique, on joue toujours un double jeu entre la définition avouable (l’opinion de tous) et l’opinion autorisée et efficiente qui est obtenue comme sous-ensemble restreint de l’opinion publique démocratiquement définie :

« Elle est ce sentiment sur n’importe quel sujet qui est entretenu, produit par les personnes les mieux informées, les plus intelligentes et les plus morales dans la communauté. Cette opinion est graduellement répandue et adoptée par toutes les personnes de quelque éducation et de sentiment convenable à un Etat civilisé. » La vérité des dominants devient celle de tous.

Mettre en scène l’autorité qui autorise à parler

Dans les années 1880, on disait ouvertement à l’Assemblée nationale ce que la sociologie a dû redécouvrir, à savoir que le système scolaire devait éliminer les enfants des couches les plus défavorisées. Au début, on posait la question qui ensuite a été complètement refoulée puisque le système scolaire s’est mis à faire, sans qu’on le lui demande, ce qu’on attendait de lui. Donc, pas besoin d’en parler. L’intérêt du retour sur la genèse est très important parce qu’il y a, dans les commencements, des débats où sont dites en toutes lettres des choses qui, après, apparaissent comme des révélations provocatrices des sociologues.

Le reproducteur de l’officiel sait produire — au sens étymologique du terme : producere signifie « porter au jour » —, en le théâtralisant, quelque chose qui n’existe pas (au sens de sensible, de visible), et au nom de quoi il parle. Il doit produire ce au nom de quoi il a le droit de produire. Il ne peut pas ne pas théâtraliser, ne pas mettre en forme, ne pas faire des miracles. Le miracle le plus ordinaire, pour un créateur verbal, est le miracle verbal, la réussite rhétorique ; il doit produire la mise en scène de ce qui autorise son dire, autrement dit de l’autorité au nom de laquelle il est autorisé à parler.

Je retrouve la définition de la prosopopée que je cherchais tout à l’heure : « Figure de rhétorique par laquelle on fait parler et agir une personne que l’on évoque, un absent, un mort, un animal, une chose personnifiée. » Et dans le dictionnaire, qui est toujours un instrument formidable, on trouve cette phrase de Baudelaire parlant de la poésie : « Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire. » Les clercs, ceux qui manipulent une langue savante comme les juristes et les poètes, doivent mettre en scène le référent imaginaire au nom duquel ils parlent et qu’ils produisent en parlant dans les formes ; ils doivent faire exister ce qu’ils expriment et ce au nom de quoi ils s’expriment. Ils doivent à la fois produire un discours et produire la croyance dans l’universalité de leur discours par la production sensible (au sens d’évocation des esprits, des fantômes — l’Etat est un fantôme…) de cette chose qui va garantir ce qu’ils font : « la nation », « les travailleurs », « le peuple », « le secret d’Etat », « la sécurité nationale », « la demande sociale », etc.

Percy Schramm a montré comment les cérémonies du sacre étaient le transfert, dans l’ordre du politique, de cérémonies religieuses (5). Si le cérémonial religieux peut se transférer aussi facilement dans les cérémonies politiques, à travers les cérémonies du sacre, c’est parce qu’il s’agit, dans les deux cas, de faire croire qu’il y a un fondement au discours qui n’apparaît comme autofondateur, légitime, universel que parce qu’il y a théâtralisation — au sens d’évocation magique, de sorcellerie — du groupe uni et consentant au discours qui l’unit. D’où le cérémonial juridique. L’historien anglais E. P. Thompson a insisté sur le rôle de la théâtralisation juridique dans le XVIIIe siècle anglais — les perruques, etc. —, qui ne peut pas se comprendre complètement si on ne voit pas qu’elle n’est pas simple appareil, au sens de Pascal, qui viendrait s’ajouter : elle est constitutive de l’acte juridique (6). Dire le droit en complet-veston est risqué : on risque de perdre la pompe du discours. On parle toujours de réformer le langage juridique sans jamais le faire, parce que c’est le dernier vêtement : les rois *** ne sont plus charismatiques.

L’officiel, ou la mauvaise foi collective

Une des dimensions très importantes de la théâtralisation est la théâtralisation de l’intérêt pour l’intérêt général ; c’est la théâtralisation de la conviction de l’intérêt pour l’universel, du désintéressement de l’homme politique — théâtralisation de la croyance du prêtre, de la conviction de l’homme politique, de sa foi dans ce qu’il fait. Si la théâtralisation de la conviction fait partie des conditions tacites de l’exercice de la profession de clerc — si un prof de philo doit avoir l’air de croire à la philo —, c’est qu’elle est l’hommage essentiel de l’officiel-homme à l’officiel ; elle est ce qu’il faut accorder à l’officiel pour être un officiel : il faut accorder le désintéressement, la foi dans l’officiel, pour être un véritable officiel. Le désintéressement n’est pas une vertu secondaire : c’est la vertu politique de tous les mandataires. Les frasques de curés, les scandales politiques sont l’effondrement de cette sorte de croyance politique dans laquelle tout le monde est de mauvaise foi, la croyance étant une sorte de mauvaise foi collective, au sens sartrien : un jeu dans lequel tout le monde se ment et ment à d’autres en sachant qu’ils se mentent. C’est cela, l’officiel…

Pierre Bourdieu
Sociologue (1930-2002). Ce texte est extrait de Sur l’Etat. Cours au Collège de France, 1989-1992, Raisons d’agir - Seuil, Paris, 2012, qui paraît le 5 janvier.
(1) Nicolas de Chamfort, Maximes et pensées, Paris, 1795.

(2) Dominique Memmi, « Savants et maîtres à penser. La fabrication d’une morale de la procréation artificielle », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 76-77, Paris, 1989, p. 82-103.

(3) Du grec idios, « particulier » : discours particulier.

(4) John David Yeadon Peel, Herbert Spencer. The Evolution of a Sociologist, Heinemann, Londres, 1971. William Alexander Mackinnon (1789-1870) eut une longue carrière de membre du Parlement britannique.

(5) Percy Ernst Schramm, Der König von Frankreich. Das Wesen der Monarchie von 9. zum 16. Jahrhundert. Ein Kapital aus der Geschichte des abendländischen Staates (deux volumes), H. Böhlaus Nachfolger, Weimar, 1939.

(6) Edward Palmer Thompson, « Patrician society, plebeian culture », Journal of Social History, vol. 7, n° 4, Berkeley (Californie), 1974, p. 382-405.


Éric+Vannier le 09/09/2013
Lapinou prend de la hauteur ... Relative
... Pour le reste et particulièrement nos glorieux anonymes on rase les pâquerettes ... Mais c ' est le jeu , n ' est - ce pas ? Quant à la proposition d ' appeler à la rescousse l ' architecte de la passerelle et du gué que par ailleurs on voue aux gémonies ( le gué et subsidiairement la passerelle ... ) On peut souhaiter vouloir rebattre les cartes mais je pense qu ' on ne doit pas changer les règles établies .


Éric+Vannier le 10/09/2013
Bon , bien voilà . Je suis puni . Bourdieu dans le texte ! Je recommande à mes adversaires de lire cet extrait en entier d ' autant que la punition est méritée car elle émane d ' eux - mêmes . Ce texte en vaut la peine ! Non pas pour ce qu ' il dit fort brillamment quoique parfois confusément mais pour ce qu ' il est censé vouloir dire et démontrer . L ' homme officiel , la théâtralisation , le groupe dominant ... Et cætera ... Mais , Maitre Bourdieu , on a changé d ' époque ! Il suffit d ' un quarteron de spécialistes du web pour éclairer le jeu : nul besoin d ' un schéma dominant : il suffit d ' affirmer , de répéter , d ' amuser de temps à autre en ayant soin de frapper en général au - dessous de la ceinture ... Et surtout de le faire d ' une manière anonyme ce qui évite de savoir qui est qui , qui pense quoi , qui détermine et qui subit .
Dans ces conditions l ' homme officiel théâtralisant la pensée d ' un groupe dominant n ' a que peu d' espérance de vie . Faut - t - il s ' en réjouir ? Je n ' en suis pas sûr car souvent l ' histoire implique que la réponse du groupe dominé ne fait que reprendre les principes dominants pour mieux les asservir à la cause . Ainsi les principes de la dictature du net aujourd ' hui sont autrement plus dangereux que l ' organisation politique quelqu ' en soient ses principes et modalités .
Vous en êtes d ' ailleurs , sans le vouloir , un vivant exemple décalé d ' un débat somme toute plus banal mais qui nécessite aujourd ' hui le recours aux médecins de Molière pour s ' accaparer la parole ou faire en sorte qu ' elle soit suffisamment absconte pour en faire l ' étendard d ' une pensée autre et confuse .


LAPINOU le 10/09/2013
L' absurde, lors qu' il est filé avec talent,a une logique surréaliste aux résultats surprenant. Mais n 'est pas Lewis Carroll qui veut. Amusons nous! Imaginons! la montagne à la mer! Des marmottes se chamaillant avec des goélands dans un champ d'edelweiss. Des moutons de pré-salé transformés en rennes. L 'omelette remplacée par une bonne raclette. Le Genepi servi à la louche.Un tire ****** portant les visiteurs en snowboots jusqu' à l' abbaye. Et la mère Poulard en mère Noël.Youpi! Tout schluss!


Éric+Vannier le 10/09/2013
Ah , si Lewis Carroll avait pu rencontrer Pierre Bourdieu ! Des générations d ' étudiants épuisés par la forme plus que par le fond auraient retrouvé des couleurs et se seraient trouvés soudain plus intelligents .
Ceci étant convoquons notre bon Sigmund Freud pour nous expliquer pourquoi l ' auteur éclairé de cet envoi de textes de Pierre Bourdieu a cru devoir le faire sous x ! Il y aurait ainsi une forme d ' anonymat sublimant la modestie de l ' auteur . Ou l ' auteur craint - des associations d ' anonymes moins glorieuses ?
C ' est grave docteur ?


Anonyme le 10/09/2013
Deux cours inédits de Pierre Bourdieu au Collège de France

Les deux faces de l’Etat

Au moment où des Etats abandonnent leur souveraineté budgétaire à des instances supranationales — notamment européennes —, la sociologie historique rappelle ce que les dynamiques d’intégration comportent de violence et de dépossession.

par Pierre Bourdieu, janvier 2012

Décrire la genèse de l’Etat, c’est décrire la genèse d’un champ social, d’un microcosme social relativement autonome à l’intérieur du monde social englobant, dans lequel se joue un jeu particulier, le jeu politique légitime. Prenons l’invention du Parlement, lieu où, sur des problèmes conflictuels qui opposent des groupes d’intérêt, on débat dans les formes, selon des règles, publiquement. Marx n’avait vu que le côté arrière-boutique : le recours à la métaphore du théâtre, à la théâtralisation du consensus, masque le fait qu’il y a des gens qui tirent les ficelles, et que les vrais enjeux, les vrais pouvoirs seraient ailleurs. Faire la genèse de l’Etat, c’est faire la genèse d’un champ où le politique va se jouer, se symboliser, se dramatiser dans les formes.

Entrer dans ce jeu du politique conforme, légitime, c’est avoir accès à cette ressource progressivement accumulée qu’est l’« universel », dans la parole universelle, dans les positions universelles à partir desquelles on peut parler au nom de tous, de l’universum, de la totalité d’un groupe. On peut parler au nom du bien public, de ce qui est bien pour le public et, du même coup, se l’approprier. Cela est au principe de l’« effet Janus » : il y a des gens qui ont le privilège de l’universel, mais on ne peut pas avoir l’universel sans être en même temps monopolisateur de l’universel. Il y a un capital de l’universel. Le processus selon lequel se constitue cette instance de gestion de l’universel est inséparable d’un processus de constitution d’une catégorie d’agents qui ont pour propriété de s’approprier l’universel.

Je prends un exemple dans le domaine de la culture. La genèse de l’Etat est un processus au cours duquel s’opère toute une série de concentrations de différentes formes de ressources : concentration des ressources informationnelles (la statistique à travers les enquêtes, les rapports), de capital linguistique (officialisation d’un des parlers qu’on constitue en langue dominante de sorte que toutes les autres langues en sont des formes dépravées, dévoyées ou inférieures). Ce processus de concentration va de pair avec un processus de dépossession : constituer une ville comme la capitale, comme lieu où se concentrent toutes ces formes de capital (1), c’est constituer la province comme dépossession du capital ; constituer la langue légitime, c’est constituer toutes les autres langues comme des patois (2).

La culture légitime est la culture garantie par l’Etat, garantie par cette institution qui garantit les titres de culture, qui délivre les diplômes garantissant la possession d’une culture garantie. Les programmes scolaires sont affaire d’Etat ; changer un programme, c’est changer la structure de distribution du capital, c’est faire dépérir certaines formes de capital. Par exemple, supprimer le latin et le grec de l’enseignement, c’est renvoyer au poujadisme toute une catégorie de petits porteurs de capital linguistique. Moi-même, dans tous mes travaux antérieurs sur l’école, j’avais complètement oublié que la culture légitime est la culture d’Etat…

Passer du marché local
au marché national

Cette concentration est en même temps une unification et une forme d’universalisation. Là où il y avait du divers, du dispersé, du local, il y a de l’unique. Avec Germaine Tillion, nous avions comparé les unités de mesure dans différents villages kabyles sur une aire de trente kilomètres : on a trouvé autant d’unités de mesure qu’il y avait de villages. La création d’un étalon national et étatique des unités de mesure est un progrès dans le sens de l’universalisation : le système métrique est un étalon universel qui suppose consensus, accord sur le sens. Ce processus de concentration, d’unification, d’intégration s’accompagne d’un processus de dépossession puisque tous ces savoirs, ces compétences qui sont associés à ces mesures locales sont disqualifiés.

Autrement dit, le processus même par lequel on gagne en universalité s’accompagne d’une concentration de l’universalité. Il y a ceux qui veulent le système métrique (les mathématiciens) et ceux qui sont renvoyés au local. Le processus même de constitution de ressources communes est inséparable de la constitution de ces ressources communes en capital monopolisé par ceux qui ont le monopole de la lutte pour le monopole de l’universel. Tout ce processus — constitution d’un champ ; autonomisation de ce champ par rapport à d’autres nécessités ; constitution d’une nécessité spécifique par rapport à la nécessité économique et domestique ; constitution d’une reproduction spécifique de type bureaucratique, spécifique par rapport à la reproduction domestique, familiale ; constitution d’une nécessité spécifique par rapport à la nécessité religieuse — est inséparable d’un processus de concentration et de constitution d’une nouvelle forme de ressources qui se trouvent être de l’universel, en tout cas d’un degré d’universalisation supérieur à celles qui existaient auparavant. On passe du petit marché local au marché national, que ce soit au niveau économique ou symbolique. La genèse de l’Etat est au fond inséparable de la constitution d’un monopole de l’universel, l’exemple par excellence étant la culture.

Tous les travaux antérieurs que j’ai pu faire pourraient se résumer ainsi : cette culture est légitime parce qu’elle se présente comme universelle, offerte à tous, parce que, au nom de cette universalité, on peut éliminer sans crainte ceux qui ne la possèdent pas. Cette culture, qui apparemment unit et en réalité divise, est un des grands instruments de domination puisqu’il y a ceux qui ont le monopole de cette culture, monopole terrible puisqu’on ne peut pas reprocher à cette culture d’être particulière. Même la culture scientifique ne fait que pousser le paradoxe à sa limite. Les conditions de la constitution de cet universel, de son accumulation, sont inséparables des conditions de la constitution d’une caste, d’une noblesse d’Etat, de « monopolisateurs » de l’universel. A partir de cette analyse, on peut se donner comme projet d’universaliser les conditions d’accès à l’universel. Encore faut-il savoir comment : faut-il pour cela déposséder les « monopolisateurs » ? On voit bien que ce n’est pas de ce côté-là qu’il faut chercher.

Je termine par une parabole pour illustrer ce que j’ai dit sur la méthode et sur le contenu. Il y a une trentaine d’années, un soir de Noël, je suis allé dans un petit village du fin fond du Béarn voir un petit bal de campagne (3). Certains dansaient, d’autres non ; un certain nombre de gens, plus âgés que les autres, avec un style paysan, ne dansaient pas, parlaient entre eux, se donnaient une contenance pour justifier le fait d’être là sans danser, pour justifier leur présence insolite. Ils auraient dû être mariés, puisque quand on est marié, on ne danse plus. Le bal est un des lieux d’échanges matrimoniaux : c’est le marché des biens symboliques matrimoniaux. Il y avait un taux très élevé de célibataires : 50 %de la classe d’âge 25-35 ans.

J’ai essayé de trouver un système explicatif de ce phénomène : c’est qu’il y avait auparavant un marché local protégé, non unifié. Quand ce que nous appelons l’Etat se constitue, il y a une unification du marché économique à laquelle l’Etat contribue par sa politique et une unification du marché des échanges symboliques, c’est-à-dire le marché du maintien, des manières, du vêtement, de la personne, de l’identité, de la présentation. Ces gens avaient un marché protégé, à base locale, sur lequel ils avaient un contrôle, ce qui permettait une sorte d’endogamie organisée par les familles. Les produits du mode de reproduction paysan avaient leurs chances sur ce marché : ils restaient vendables et trouvaient des filles.

Dans la logique du modèle que j’ai évoqué, ce qui se passait dans ce bal était la résultante de l’unification du marché des échanges symboliques : le parachutiste de la petite ville voisine qui venait en roulant des mécaniques était un produit disqualifiant, qui enlevait sa valeur à ce concurrent qu’est le paysan. Autrement dit, l’unification du marché, qu’on peut présenter comme un progrès, en tout cas pour les gens qui émigrent, c’est-à-dire les femmes et tous les dominés, peut avoir un effet libérateur. L’école transmet une posture corporelle autre, des manières de se vêtir, etc. ; et l’étudiant a une valeur matrimoniale sur ce nouveau marché unifié, tandis que les paysans sont déclassés. Toute l’ambiguïté de ce processus d’universalisation est là. Du point de vue des filles de la campagne qui partent à la ville, qui se marient avec un facteur, etc., il y a un accès à l’universel.

Comment les paysans
sont devenus des provinciaux

Mais ce degré d’universalisation supérieure est inséparable de l’effet de domination. J’ai publié récemment un article, sorte de relecture de mon analyse du célibat en Béarn, de ce que j’avais dit à l’époque, que j’ai intitulé pour m’amuser « Reproduction interdite » (4). Je montre que cette unification du marché a pour effet d’interdire de facto la reproduction biologique et sociale à toute une catégorie de gens. A la même époque, j’avais travaillé sur un matériel trouvé par hasard, les registres des délibérations communales d’un petit village de deux cents habitants pendant la Révolution française. Dans cette région, les hommes votaient à l’unanimité. Arrivent des décrets disant qu’il faut voter à la majorité. Ils délibèrent, il y a des résistances, il y a un camp et un autre camp. Peu à peu, la majorité l’emporte : elle a derrière elle l’universel.

Il y a eu de grandes discussions autour de ce problème soulevé par Tocqueville dans une logique continuité/discontinuité de la Révolution. Il reste un vrai problème historique : quelle est la force spécifique de l’universel ? Les procédures politiques de ces paysans aux traditions millénaires très cohérentes ont été balayées par la force de l’universel, comme s’ils s’étaient inclinés devant quelque chose de plus fort logiquement : venant de la ville, mise en discours explicite, méthodique et non pratique. Ils sont devenus des provinciaux, des locaux. Les comptes rendus des délibérations deviennent : « Le préfet ayant décidé… », « Le conseil municipal s’est réuni… ». L’universalisation a pour envers une dépossession et une monopolisation. La genèse de l’Etat, c’est la genèse d’un lieu de gestion de l’universel, et en même temps d’un monopole de l’universel, et d’un ensemble d’agents qui participent du monopole de fait de cette chose qui, par définition, est de l’universel.
Pierre Bourdieu
Sociologue (1930-2002). Ce texte est extrait de Sur l’Etat. Cours au Collège de France, 1989-1992, Raisons d’agir - Seuil, Paris, 2012, qui paraît le 5 janvier.

(1) Ce lien entre le capital et la capitale sera développé ultérieurement par Pierre Bourdieu dans « Effets de lieu », La Misère du monde, Seuil, Paris, 1993, p. 159-167.

(2) Sur la langue légitime et le processus corrélatif de dépossession, cf. la première partie de Langage et pouvoir symbolique, Seuil, Paris, 2001, p. 59-131.

(3) Lire la description de cette « scène initiale » au début de l’ouvrage Le Bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn, Seuil, Paris, 2002, p. 7-14.

(4) Pierre Bourdieu, « Reproduction interdite. La dimension symbolique de la domination économique », Etudes rurales, n° 113-114, Paris, 1989, p. 15-36, repris dans Le Bal des célibataires, ibid., p. 211-247.


Anonyme le 10/09/2013
Ah oui les règles établies par qui ?


Anonyme le 12/09/2013
Monsieur Kléber Arhoul , DRAC Basse Normandie , en bon petit soldat gardien de tranchées et non de Patrimoine... a choisi des couleurs camouflage pour ses encarts de pub en demie page caca d'oie dans la presse , surtout pas dans le cahier Pontorson Mont Saint Michel ou Avranches , mais... dans celui de Saint Hilaire du Harcouet , entre les soirées échecs et football féminin... il faut oser quand même , pourquoi pas dans les pages sport du Midi Libre , histoire de ne pas encombrer Belle Chaise ? Kléber tient-il bien la route sur le cheminement de destruction du rocher ?


Anonyme le 12/09/2013
L'Etat célèbre le centenaire de la Loi du 31 décembre 1913 sur le classement des monuments historiques avec la destruction du rocher sacré du Mont-Saint- Michel !


Jaïzquibel le 13/09/2013
J'aimerais bien qu'on m'éclaire car je ne pige pas tout dans cette histoire...
Et passons le côté dingue du truc, entailler un rocher à sa base avec tout ce qu'il y a au-dessus... J'ai pas peur, non, j'ai pas peur.
Si le gué dit "insubmersible" est recouvert au moins 30 jours par an comme j'ai lu ou bien entre 50 et 90 fois par an, ou bien 20 heures par an (faudrait savoir...) c'est qu'il n'est pas si "insubmersible" que ça, même avec ses 7m30 de hauteur qui depuis la porte de l'Avancée bouchent considérablement la vue sur l'extérieur...
Alors finalement le Mont va-t-il redevenir une île ou pas?
A qui va servir cet "abri sous roche" (personnellement, ça me donne pas trop envie de m'y réfugier, mais bon, passons!)? Juste aux pompiers qui évacueront un blessé et qui accèderont à leur plate-forme insubmersible et partiront ensuite en véhicule amphibie? Juste en cas d'incendie ou autre incident?
Et sinon, pour tous ceux qui (heureusement) iront bien et voudront juste rentrer ou sortir? C'est prévu? Les marées importantes ont lieu le matin et le soir quand on arrive pour bosser ou quand les groupes arrivent et quand on repart ou qu'on vient bosser en soirée...
Apparemment, il a été dit que l'on pourra se croiser sur le pont en bois dans la cour de l'Avancée et dans le cheminement (1m40 de large faudra bien marcher en file indienne et être bien discipliné et patient...) et que le Mont ne sera pas "mis sous cloche".
Alors ça veut dire qu'il y aura un ACCES PERMANENT au Mont même avec les plus forts coefficients?
Donc il ne sera jamais une île comme la communication le laisse croire.
Bien sûr, quand on y sera, on comprendra mieux! C'est toujours pareil. Calendrier des marées en poche et expérience aidant on sera parés dans quelques années...
Mais j'aimerais quand même piger avant... pour anticiper (C'est pas si loin finalement).
Et pour comprendre combien de fois par an et pour combien de personnes et dans quel cas EXACTEMENT ce "cheminement dans les rochers" à 1M6 va servir...
Alors, si quelqu'un veut bien m'éclairer de sa lanterne, je suis preneuse. Merci d'avance.
Je travaille comme beaucoup au Mont tous les jours (ou presque) et l'avenir me paraît bien compliqué sur ce site INCONTOURNABLE pour les visiteurs et pour plein de gens qui vivent aux alentours et en vivent (jusqu'ici...).

PS: paraît aussi que ce cheminement dans le rocher s'était imposé dès le début du projet début 2000... Je n'en ai entendu parler que l'hiver dernier! Je vis sur Pluton, ou quoi?


Anonyme le 14/09/2013
Est-ce que vous pensez vraiment que le projet qui est proposé par M. Jeanneau (ex projet Lablaude) a quelque chose à voir avec la culture ?
La culture de l’argent peut-être… pour le reste, je suis sceptique.
1600000 euros dont 12% d'honoraires !
Le montant des honoraires de ce monsieur suffiraient à contourner le rocher sans avoir à le détruire pour créer un cheminement léger qui aurait le même office et qui nous éviterait un pastiche de rocaille désolant d'irrespect de notre rocher de votre rocher


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